Lundi 7 octobre 2019

Voici à quoi ressemblera le bulletin des ministères


Hugo Lavallée - Radio-Canada - 7 octobre 2019

Le gouvernement Legault compte rendre publique, au plus tard en janvier prochain, sa première édition du bulletin des ministères. Une ébauche, consultée par Radio-Canada, permet de constater que le document regroupera un certain nombre d'informations clés sur chaque ministère en plus d'évaluer, en pourcentage, la qualité de son plan stratégique et l'atteinte de ses objectifs.

[À] Cascades, on avait commencé à faire ça. On appelait ça le bulletin des usines. Maintenant, c'est le bulletin des ministères. Et il n'y a pas personne qui aime être dans le bas de la liste, explique le président du Conseil du Trésor, Christian Dubé, autrefois vice-président et chef de la direction financière de l'entreprise québécoise.

Il est convaincu que la mise en place d'un système d'évaluation entraînera des changements importants au sein de la fonction publique québécoise : Les gens, la minute qu'ils se savent comparés, ils vont s'améliorer.

Christian Dubé dit s'être inspiré du bulletin publié ces dernières années dans L'actualité. Il s'était ouvert sur ses intentions dans un article publié dans le magazine en avril dernier.

Un bulletin annuel
Dorénavant, un « tableau de bord » sera produit chaque année pour chacun des 26 ministères de l'État québécois. Un certain nombre d'informations, parfois déjà publiques, mais souvent dispersées et profondément enfouies dans de volumineux rapports, seront regroupées pour permettre aux citoyens et aux journalistes de s'y retrouver plus facilement.

Informations que les ministères devront rendre accessibles :

Nombre d'employés
Masse salariale totale
Total des dépenses
Nombre d'actes réalisés auprès des clients
Nombre de contrats octroyés
Valeur totale des contrats octroyés
Une première note sera donnée à la qualité du plan stratégique lui-même et une seconde note sera attribuée en fonction des résultats obtenus par chacun des ministères. Une quinzaine d'indicateurs de performance seront pris en compte pour mesurer l'atteinte des objectifs.

Les trois quarts de ces indicateurs devront être des indicateurs de résultats plutôt que des indicateurs de processus. Tu veux pas compter le nombre de réunions, tu veux compter le résultat que ces réunions ont donné. On se comprend, illustre, de façon ironique, le président du Conseil du Trésor.

Non seulement les 26 ministères vont être au même endroit, mais ils vont tous être sur la même base. Et en plus, tu vas avoir un tableau sommaire. Tout le monde va être mesuré de la même façon, avec des indicateurs très comparables.

Christian Dubé, président du Conseil du Trésor
Les objectifs seront connus à l'avance et inclus au plan stratégique de chaque ministère. D'ici la fin de l'année, tous les ministères devront d'ailleurs déposer leur nouveau plan et préciser les indicateurs de performance à partir desquels se fera leur évaluation. Ces plans seront refaits tous les quatre ans, dans l'année suivant la tenue d'élections générales, de manière à ce qu'ils soient harmonisés à la vision gouvernementale.

Le Conseil du Trésor a aussi développé une application pour téléphones intelligents à laquelle auront accès tous ses employés. Les objectifs fixés y seront clairement présentés et les résultats obtenus y seront périodiquement mis à jour. À côté de chaque objectif figurera le nom du gestionnaire responsable de son atteinte.

Le propre des bonnes organisations, c'est pas juste de faire des beaux graphiques et des beaux plans stratégiques, dit Christian Dubé. Il parle de l'importance pour les ministères et leurs employés de collaborer entre eux, mais aussi des effets positifs d'une saine compétition. Toute compétition est bonne, en autant que les gens aient les mêmes ressources.

Une évaluation objective?
Le Conseil du Trésor effectuera une évaluation chaque année et attribuera les notes aux différents ministères en fonction des objectifs de chacun. L'exercice risque-t-il de se politiser, puisque le Conseil est lui-même un organisme gouvernemental?

Par exemple, un ministre déçu de la note obtenue par son ministère pourrait-il faire pression sur le président du Conseil du Trésor pour atténuer certaines aspérités afin de ne pas mal paraître?

Christian Dubé convient que cela est théoriquement possible, mais il se fait rassurant. Je l'ai vu comment ce n'est pas facile dans des organisations, au début, de se faire mesurer. Il faut qu'il y ait une acceptabilité et une volonté de la plus haute direction de vouloir le faire correctement. Si on mesure des choses qui ne sont pas vraies, on ne s'en va pas à la bonne place. Ce que je suis en train de dire, c'est qu'avant de tout faire ça, je me suis assis avec M. Legault et je lui ai dis : "Voulez-vous qu'on le fasse?" Le premier ministre n'a pas hésité, dit-il.

Des livres de crédits revus
Le ministre promet aussi de revoir la manière dont est diffusée l'information sur les dépenses des ministères et organismes. À l'heure actuelle, de volumineux cahiers de crédits sont publiés une fois l'an - en marge du dépôt du budget - mais trouver l'information voulue s'avère souvent fastidieux.

Le citoyen, c'est pas ça qu'il veut voir, lance Christian Dubé, en montrant du doigt l'un des 8 volumes de 200 pages chacun constituant le budget de dépenses 2019-2020. Il veut avoir un sommaire : est-ce qu'on progresse, est-ce que mes dollars sont bien investis dans des choses que je peux comprendre?

Dorénavant, le Conseil du Trésor s'assurera donc de structurer les documents en fonction des objectifs établis dans les plans stratégiques des ministères.

Quand on voit une dépense pour toutes les commissions scolaires de 8 milliards, ça ne dit pas grand-chose à personne. Si je suis capable de décomposer les 8 milliards avec ce qu'on fait [...], ça va être beaucoup plus facile.

La même logique prévaudra, assure-t-il, au moment de la rédaction des rapports annuels des ministères.

Une première phase
L'imputabilité, les gens le voient souvent comme quelque chose de négatif. "Je ne veux pas être transparent parce que si jamais je ne réussis pas, je vais me faire taper sur les doigts." Moi, ma notion d'imputabilité, c'est : on peut-tu montrer qu'on est bons? L'imputabilité, pour moi, c'est très positif. Si on peut montrer que les gens qui étaient dans le rouge sont capables de passer dans le positif, c'est une imputabilité que les gens vont vouloir s'accaparer, explique Christian Dubé.

Une fois les nouvelles façons de faire mises en place dans les 26 ministères, le gouvernement s'attaquera aux organismes gouvernementaux. Les plus gros, comme la SAAQ, la CNESST ou Revenu Québec, seront visés les premiers. D'ici la fin 2020, une centaine d'organismes devraient être soumis à ces nouvelles règles, précise le président du Conseil du Trésor. Un éléphant, ça se mange une bouchée à la fois.