Mercredi 15 mai 2019

Loin des objectifs de la réforme


Héloïse Archambault - Journal de Montréal - 14 mai 2019

« On s'est engagé, et on veut que les patients soient vus », assure la Dre Diane Francœur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

« Mais là, on ne peut pas faire mieux. Il n'y a pas de ressources », dit-elle.

Adoptée en 2015, la réforme mise en place par l'ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette (loi 20) exigeait que les médecins respectent des cibles de prise en charge et de délais de rendez-vous (voir encadré).

Sinon, ils étaient passibles de sanctions financières allant jusqu'à 30 % de leur revenu. Pourtant, bien que la majorité des cibles ne sont toujours pas atteintes, aucune sanction n'a été imposée à ce jour, confirme le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

« La ministre n'est pas dans un mode pénalité. On n'a aucune indication qu'[elle] s'oriente là-dessus », dit le Dr Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

« Il n'y a aucune menace à l'agenda. La collaboration est plus efficace », ajoute la Dre Francœur.

Délais en chirurgie

Du côté des spécialistes, quatre des six cibles ne sont pas respectées, dont celle en chirurgie.

Déplorant le manque de lits disponibles, la FMSQ assure faire son possible pour améliorer l'accès.

« On voudrait opérer en six mois. Si on avait les lits, on serait capables de le faire », jure la Dre Francœur.

« On peut faire des recommandations. [...] Mais si les ressources ne sont pas au rendez-vous, je n'ai pas d'influence sur le réseau. Ça appartient au ministère », dit-elle.

Quant aux délais de consultations qui ne sont pas respectés, la FMSQ plaide que le logiciel ne prend pas en compte les annulations des rendez-vous par les patients. Au MSSS, on dit travailler pour inclure ce volet dans les statistiques.

Par ailleurs, la Dre Francœur déplore les difficultés à avoir un système efficace de prise de rendez-vous en ligne.

Loin du 85 %

Du côté des omnipraticiens, l'objectif de prise en charge de 85 % des Québécois n'est pas non plus atteint. Récemment, la FMOQ dénonçait dans Le Journal une pénurie de 800 médecins de famille.

« On travaille pour organiser le mieux possible notre travail sur le terrain pour prendre plus de patients », assure le Dr Godin, qui avoue que la cible est difficile à atteindre à court terme.

Selon le ministère de la Santé, des discussions sont en cours avec la FMSQ pour établir une échéance d'atteinte des objectifs. Encore aujourd'hui, des sanctions financières pourraient être imposées, mais un règlement devrait d'abord être adopté par le gouvernement.

DES CIBLES NON ATTEINTES
Pourcentage cible (pourcentage atteint)

Omnipraticiens

  • Prise en charge des Québécois en première ligne  85 % (81 %)
  • Taux d'assiduité dans les GMF  80 % (84 %)

Spécialistes

  • Consultation dans les délais pour les patients de priorité A-B-C  90 % (68 %)
  • Consultation dans les délais pour les patients de priorité D-E  75 % (71 %)
  • Chirurgiens dont les opérations en attente depuis plus d'un an sont conformes au ratio  95 % (77 %)
  • Nombre de jours d'hospitalisation pris en charge  65 % (64 %)
  • Consultations des patients sur civière réalisées en 2 h  40 % (51 %)
  • Consultations des patients sur civière réalisées en 4 h  75 % (76 %)