Mardi 11 juin 2019

FEU VERT POUR ÉLARGIR L’ACCÈS À L’AIDE MÉDICALE À MOURIR


Tommy Chouinard - La Presse - 10 juin 2019

QUÉBEC — Le gouvernement Legault obtient le feu vert d'un groupe d'experts pour élargir l'accès à l'aide médicale à mourir aux personnes inaptes, comme celles souffrant d'alzheimer, sous certaines conditions.

Selon des documents étoffés que La Presse a obtenus, ce comité recommandera à Québec de permettre d'abréger les souffrances « des personnes devenues inaptes à consentir à leurs soins, lorsqu'elles ont préalablement exprimé leur volonté en ce sens ».

Le groupe d'experts est présidé par Nicole Filion, directrice générale des affaires juridiques du Curateur public, et Jocelyn Maclure, de la Commission de l'éthique en science et en technologie du Québec. Il compte une dizaine de membres : des représentants du monde juridique, du milieu de la santé et des patients, notamment.

En vertu d'une loi adoptée en 2014 à la suite des travaux de la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, seule une personne apte à donner son consentement, qui a une maladie incurable et qui est en fin de vie peut obtenir l'aide médicale à mourir. Une personne souffrant d'alzheimer ou de démence qui se retrouve dans la même situation ne peut l'obtenir parce qu'elle est inapte à exprimer son consentement.

Après avoir examiné la situation sous tous les angles, le groupe d'experts se prononce en faveur d'un élargissement de l'aide médicale à mourir à ces malades en fonction d'une série de critères, selon les documents que nous avons obtenus, dont une ébauche du rapport final.

Le groupe propose au gouvernement de « reconnaître et rendre possible la formulation d'une demande anticipée d'aide médicale à mourir », en prévision du jour où l'on deviendrait inapte à exprimer son consentement.

Or, tout Québécois ne pourrait présenter une telle demande anticipée. Le comité suggère en effet que cette demande puisse uniquement « être rédigée après l'obtention du diagnostic d'une maladie grave et incurable ».

Il serait ainsi impossible de faire une demande anticipée alors que l'on est en parfaite santé, au cas où, un jour, l'on serait atteint d'une maladie causant l'inaptitude. Autoriser ce cas de figure aurait impliqué plusieurs difficultés : une personne peut changer d'idée en cours de route et il aurait fallu prévoir un mécanisme, fastidieux, pour qu'elle renouvelle son vœu, par exemple, tous les cinq ans.

À la lumière des recommandations du comité, une personne victime d'un accident vasculaire cérébral de façon tout à fait inattendue, causant des séquelles irréversibles et l'inaptitude, ne pourrait recevoir l'aide médicale à mourir. Car sans diagnostic particulier, elle n'aurait jamais pu faire une demande au préalable, alors qu'elle avait toute sa tête.

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