Dimanche 1 septembre 2019

Des patients d'une urgence confinés cinq jours sur une civière


Davide Gentile - Radio-Canada - 31 août 2019

Passer 100 heures sur une civière dans un corridor d'une salle d'urgence. C'est ce qui est arrivé cette semaine à des patients de l'hôpital Anna-Laberge, de Châteauguay. Une situation grave qui s'est résorbée depuis et qui découle directement d'un manque de médecins et du vieillissement de la population.

Il est rare que des médecins dénoncent publiquement les ratés dans leurs hôpitaux. On lance un cri d'alarme pour que les choses changent, soutient Caroline Bourassa-Fulop, médecin à l'urgence de l'hôpital Anna-Laberge, qui fait partie du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Ouest.

L'administration a dû faire face à une situation critique mercredi dernier. Le taux d'occupation des civières frôlait les 200 %. Toutefois, c'est la durée des séjours de certains patients qui a secoué le personnel.

Des patients sont restés 4 à 5 jours sur civière, relate la Dre Bourassa-Fulop.

Des propos corroborés par sa collègue Christine Thanh, médecin depuis 2012 dans cette urgence. J'ai une patiente qui est restée sur civière 105 heures. C'est près de 5 jours, dit-elle. Deux autres sources au sein du personnel confirment aussi que des patients ont attendu plus de 4 jours sur civière.

La Dre Thanh révèle que même un salon de consultation avec les familles a été utilisé temporairement pour y ajouter des civières. Sur les murs, des chiffres écrits à la main témoignent de la crise.

La situation est revenue à la normale, mais les deux causes principales demeurent. Il manque de médecins aux étages pour hospitaliser les patients, explique la Dre Bourassa-Fulop. C'est que plusieurs médecins sont partis des hôpitaux vers les cliniques médicales parce que le gouvernement souhaite augmenter la proportion de Québécois qui sont inscrits auprès d'un médecin de famille.

L'autre élément majeur est le manque de places pour les patients âgés en résidence ou en CHSLD. Les patients en attente d'hébergement en réadaptation ou en CHSLD sont coincés à l'hôpital pendant qu'ils attendent une place, explique Mme Bourassa-Fulop. Une situation qui provoque une certaine paralysie dans l'établissement. En ce moment aux étages, environ 20 % des patients qui occupent des lits de soins sont en attente d'hébergement, précise sa collègue Christine Thanh.

Une « situation exceptionnelle et difficile »
La direction affirme que la proportion est un peu plus basse, mais elle reconnaît que la situation est complexe. Oui, on a vécu une situation exceptionnelle et difficile, explique Philippe Besombes, directeur général adjoint du CISSS de la Montérégie-Ouest.

Il précise que plus de 200 places d'hébergement ont été achetées par l'établissement dans le secteur privé. Une autre piste de solution est d'augmenter l'offre de soins à domicile pour limiter les visites à l'hôpital et accélérer le retour à la maison des patients âgés, lorsque possible. On a augmenté l'offre de 40 % depuis un an , affirme M. Besombes.

Mais ici comme ailleurs, le vieillissement de la population complique les choses. Entre 2011 et 2016, la proportion des patients de plus de 75 ans a augmenté de 21 % ici.  Et pour l'ensemble du Québec, c'est 15 % , affirme le dirigeant.

De plus l'ouest de la Montérégie a besoin d'un autre hôpital. Un tout nouvel établissement doit d'ailleurs être construit dans Vaudreuil-Soulanges d'ici 2027. Pour le bien-être de la population, il faut agir avant 2027 , répète la Dre Bourassa-Fulop. Comme la totalité des sources consultées par Radio-Canada, elle souhaite qu'on donne à l'hôpital Anna-Laberge plus de postes de médecins.

Lors de notre passage vendredi, le taux d'occupation des civières était revenu à un niveau normal. Mais toutes les sources consultées par Radio-Canada estiment que la sécurité des patients sera compromise si des solutions ne sont pas apportées à court terme.

L'hôpital Anna-Laberge n'est pas le seul à vivre des difficultés en Montérégie. La durée moyenne de séjour sur civière y est partout plus élevée que la moyenne provinciale.