Vendredi 30 août 2019

CONTRATS PUBLICS EN SANTÉ LA VALEUR PLUTÔT QUE LE PRIX


Benoît-Larose - La presse - 29 août 2019

Depuis quelque temps déjà, le Québec est soulevé par un débat concernant la légitimité de maintenir la règle du plus bas soumissionnaire conforme dans l'attribution des contrats gouvernementaux.

Le fait est que cette façon d'accorder les contrats publics est non seulement celle qui coûte le plus cher à l'État à long terme, mais elle est également celle qui nivelle vers le bas la qualité de nos infrastructures et de nos équipements, et par extension des services que nous recevons grâce à eux.

Ce constat vaut autant pour le secteur de la construction que pour celui de la santé, avec la conséquence supplémentaire d'un impact négatif sur le bien-être des Québécois. En ce sens, nous croyons qu'il est temps que le Québec révise ses façons de faire afin de mettre en place un mode d'adjudication des contrats publics basé sur la valeur, en particulier en matière de santé.

On pourrait croire qu'investir dans des technologies, des équipements et des fournitures de meilleure qualité entraînerait une augmentation des coûts. En apparence, avec une vision simpliste des choses, cela serait possiblement le cas. Par contre, cela serait omettre les bénéfices immédiats liés à des technologies innovatrices amenant des changements aux processus de prestation des soins. Pensons simplement aux technologies de soins moins invasives ou permettant une convalescence plus courte. Des avantages non seulement financiers, mais également pour le bien-être des patients.

DES ÉCONOMIES À MOYEN TERME

Par ailleurs, à moyen terme, investir dans des équipements de qualité supérieure permettra d'engendrer des économies en temps et en argent, puisque de meilleurs équipements seront non seulement plus récents et plus durables, ils seront aussi plus efficaces. Ils permettront aux professionnels de la santé d'offrir de meilleurs soins, dans un laps de temps plus court et à moindre prix, ce qui, au final, est l'objectif que nous poursuivons tous. L'Europe et l'Ontario basent déjà l'attribution de plusieurs contrats sur des façons de faire comparables et les résultats sont très positifs.


Malheureusement, au Québec, le critère principal lors de l'attribution de contrats dans le secteur de la santé est le plus bas prix conforme aux spécifications.

En effet, sur 110 appels d'offres de technologies médicales analysés depuis 2016, plus de 88 % n'accordaient aucune valeur à la qualité. La qualité des produits achetés n'entre donc que peu souvent en compte lors de l'attribution d'un contrat. Encore moins leur valeur globale.

Or, lorsqu'il est question de santé, offrir des traitements au rabais avec des technologies désuètes n'est pas une option raisonnable. D'autant plus que cette façon de faire est un obstacle au développement des PME innovantes du Québec, qui trouvent bien souvent une meilleure réception pour leurs solutions en dehors du Québec, après avoir pourtant bénéficié d'un soutien gouvernemental non négligeable. De ce fait, il est primordial de revoir les critères d'attribution des contrats afin de favoriser la qualité des achats publics et ainsi prioriser le bien-être de la population.

Le 1er octobre dernier, les Québécois ont choisi d'élire un parti qui promettait d'investir en santé et qui ferait un usage rigoureux des fonds publics. Plus spécifiquement, ce parti a promis de mettre fin à la règle du plus bas prix conforme. Aujourd'hui, maintenant qu'il est à la tête du gouvernement, ce parti a l'occasion de réviser le mode d'attribution des contrats publics afin que la valeur des achats soit mieux prise en considération. Une révision qui lui permettrait non seulement de réaliser ses promesses électorales, mais qui entraînerait des changements positifs pour tous les citoyens, autant comme électeurs que comme patients ou comme contribuables.