Mardi 30 juin 2020

CHSLD: la recette pour résister au virus


Gabrielle Duchaine Caroline Touzin Gabrielle Duchaine, Caroline Touzin, La Presse - 29 juin 2020

Alors que les CHSLD décimés par la COVID-19 font la manchette depuis des mois à Montréal, une poignée d'établissements n'ont enregistré aucun cas ni décès. Ce succès, passé sous silence jusqu'ici, est tout sauf le fruit du hasard.

Un CHSLD comme une forteresse

À Montréal, les CHSLD publics restés « froids » depuis le début de la pandémie se comptent sur les doigts d'une main. Parmi les rares épargnés par la COVID-19 : le Pavillon Camille-Lefebvre, à Lachine. Voici comment cet établissement qui logeait pourtant une clientèle très vulnérable a empêché le virus d'y faire des ravages.

« Il n'y a aucun doute que les conséquences seront mortelles pour nos patients les plus vulnérables. »

Avant même que le virus n'arrive au Canada, alors que la COVID-19 frappe durement la Chine, la Dre Ewa Rajda s'inquiète du sort des patients ventilo-assistés du Pavillon Camille-Lefebvre.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Dans ce CHSLD public de Lachine, 20 lits sur 135 sont réservés à cette clientèle « extrêmement vulnérable », dépendante d'un respirateur pour assurer la ventilation.

« On ne peut pas se permettre de prendre le moindre risque », s'est dit la spécialiste des maladies infectieuses du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Le Pavillon Camille-Lefebvre est l'unique CHSLD public de Montréal à être sous la gouverne d'un centre hospitalier universitaire - soit le CUSM.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Les autres CHSLD publics de la métropole sont sous la responsabilité des Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) - des mégastructures qui regroupent, en plus des CHSLD, des hôpitaux, des CLSC, des centres de réadaptation et des centres de protection de l'enfance et de la jeunesse.

La Dre Rajda a été affectée très vite à la protection du Pavillon Camille-Lefebvre qui jouxte l'hôpital de Lachine (aussi sous la responsabilité du CUSM). Sa mission : empêcher le virus d'y faire des ravages.

Depuis le début de la pandémie, seuls 3 des 60 CHSLD publics de la métropole sont restés « froids ». En d'autres termes, aucun résidant n'a été infecté par la COVID-19, selon des données transmises à La Presse à la mi-juin par les cinq CIUSSS qui couvrent le territoire de la métropole. Le Pavillon Camille-Lefebvre fait donc partie des très rares épargnés.

Ce n'est pas le fruit du hasard.

D'abord, contrairement à beaucoup de CHLSD sous la responsabilité des CIUSSS, il y a un patron sur place. Plus précisément une patronne : Chantale Bourdeau. Ne vous fiez pas à son titre de directrice adjointe, « c'est elle la boss », indique le PDG du CUSM, le Dr Pierre Gfeller. Et elle a pris des « mesures énergiques » pour prévenir une éclosion, vante-t-il, en bénéficiant de l'expertise de la Dre Rajda.

S'inspirant de ce qui a été instauré au CUSM, Mme Bourdeau a pris l'initiative de mettre sur pied un comité de coordination des mesures d'urgence pour l'hôpital de Lachine et le Pavillon Camille-Lefebvre, comité qui se réunit chaque jour depuis trois mois. « On aborde les problèmes de chacun des secteurs à mesure qu'ils se présentent et on trouve des solutions tous ensemble », explique la gestionnaire.
Relâche scolaire et mouvements de personnel

En plus de fermer rapidement ses portes aux visiteurs, le CHSLD a obligé ses employés qui revenaient d'un voyage à l'étranger après la relâche scolaire - la première semaine de mars - à se mettre en quarantaine, et ce, dès le 8 mars. Ils ne sont donc pas rentrés au travail le lundi matin, contrairement à ceux d'autres établissements de santé où il y a eu des éclosions par la suite.

Rappelons que cela a pris quatre jours au retour de la semaine de relâche pour que le gouvernement du Québec demande à tous les Québécois qui rentraient de voyage de s'isoler de façon préventive pendant 14 jours ; une annonce faite le 12 mars.

Autre mesure cruciale : le CHSLD qui compte 280 employés a interdit tout mouvement de personnel. Ainsi, depuis trois mois, les partages d'employés entre l'hôpital et le CHSLD ont cessé. « Au début, notre inquiétude, c'était vraiment cette proximité avec l'hôpital [de Lachine]. On est littéralement collés », décrit Mme Bourdeau. Et personne - sauf exception - ne circule désormais entre les deux sites.

Non seulement cela, mais l'équipe qui travaille auprès des patients ventilo-assistés ne change plus d'étage. « On a ségrégué le personnel, à l'intérieur même du CHSLD », résume la gestionnaire.
Pas d'agences de placement

Élément clé également : le Pavillon Camille-Lefebvre ne fait pas affaire avec des agences de placement privées. Ces services de location de personnel sont montrés du doigt pour leur contribution à la propagation du virus dans des CHSLD.

Cela étant dit, le Dr Gfeller ne jette pas la pierre à ses confrères gestionnaires qui y ont eu recours pour combler leurs besoins en main-d'œuvre.

C'est dur de se sevrer des agences tout d'un coup. Quand mes collègues se sont rendu compte du rôle que ça jouait dans la pandémie, il était déjà tard. Le feu était pris.

Le Dr Pierre Gfeller, PDG du CUSM et ancien PDG du CIUSSS du Nord-de-l'Île-de-Montréal

Comme le risque de contamination vient des employés asymptomatiques ou avec de légers symptômes, un triage « agressif » avec un questionnaire très poussé sur leur état de santé a été mis en place au Pavillon Camille-Lefebvre et à l'hôpital de Lachine, poursuit le Dr Gfeller.

Le tout se déroule sous une tente installée à l'extérieur des deux établissements.

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